Apprendre à économiser

Certains évènements nous incitent à changer nos habitudes, cependant pourquoi attendre ces déclencheurs pour s’y mettre?

 

Pour les achats du quotidien, de nouveaux comportements se dessinent. Dans les supermarchés — en légère baisse de fréquentation —, les clients se laissent moins tenter par les produits d’hygiène (– 0,8 % en 2016 selon l’institut IRI), les aliments d’origine animale, les sodas. Même les ventes de vêtements et de chaussures se sont légèrement érodées. Exit les articles trop sophistiqués, place à la simplicité ! Certains experts parlent d’ailleurs de « déconsommation ». Comment s’opère la transition ? « L’adoption de nouvelles habitudes se produit plus facilement lorsqu’on traverse un changement de vie », souligne Sophie Dubuisson-Quellier, directrice de recherche au Centre de sociologie des organisations de Sciences-Po.

« Ces moments charnières peuvent être la mise en couple, l’arrivée d’un bébé, le départ des enfants du foyer, un déménagement, la survenue d’une maladie, une séparation… » Dans ces situations, des opportunités ou au contraire des contraintes surgissent, de nouveaux réseaux de sociabilité se créent, les ressources économiques évoluent…

« Nous savons que pour les classes moyennes les collègues jouent un rôle très important dans la décision de passer à une consommation durable.

Dans les années 2000, les premières Amap (association pour le maintien de l’agriculture paysanne) ne sont pas nées d’un projet entre les habitants d’un quartier mais entre collègues, par exemple des enseignants ou des chercheurs », explique la sociologue. Vous êtes prêts à faire le grand saut ? Pas de panique ! Vous pouvez y aller pas à pas. « Commencez par ce qui vous fait plaisir, ce qui vous coûte le moins et, si vous êtes prêt à faire des efforts, poursuivez avec ce qui a le plus d’impact », conseille Solange Martin. Il faut aussi rester réaliste : est-ce bien judicieux d’opter pour le bus si cela ajoute deux heures de transport par jour pour aller travailler ? Mieux vaut peut-être se tourner vers le covoiturage ou garder sa voiture et se concentrer sur d’autres changements.

Pour ne pas baisser les bras, une multitude de groupes Facebook et d’applications mobiles regorgeant d’astuces existent. Par exemple, l’appli « 90 jours » vous invite à réaliser des défis simples (acheter du vinaigre blanc ou… faire pipi sous la douche), en indiquant l’économie en eau ou en kilos de CO2 . Il faut aussi avoir une idée des efforts les plus utiles pour ne pas s’épuiser dans des actes symboliques. Éteindre les lumières, c’est bien, mais pas aussi efficace que d’arrêter de faire tourner le lave-linge à moitié plein !

Il en est de même avec le bio, qui commence par revenir aux sources avec des produits de meilleure qualité, ce qui induit alors une meilleure santé et donc des économies sur le médecin, les médicaments, les arrêts de travail…

 

Malgré son coût plus élevé, le BIO n’empêche pas de faire des économies

Cette approche qui lie économie et écologie porte même un nom, « l’éconologie » — ou comment prendre part à des activités rentables économiquement tout en se souciant de l’environnement.

« Cela fonctionne dans de nombreux cas, précise Solange Martin. Délaisser sa voiture pour le vélo est plus économique, de même que baisser le chauffage ou prendre des douches plus courtes.

Dans d’autres domaines, c’est plus complexe : manger bio coûte plus cher, mais si, en parallèle, un ménage réduit sa consommation de viande, le budget alimentaire sera finalement moins lourd. »

Même dilemme pour l’isolation. C’est l’un des postes les plus efficaces pour réduire durablement sa consommation d’énergie. Mais l’investissement dissuade parfois les plus motivés de mettre en pratique leurs bonnes intentions.